
Rendre la revente des équipements volés plus difficile, alerter immédiatement le propriétaire d’une moto en cas de tentative de vol ou permettre à une personne en situation d’urgence d’accéder rapidement aux informations et aux services de secours. Ce sont les ambitions de Faso Trace, MotSafe et SOS Faso, trois solutions retenues dans la catégorie « Sécurité, protection civile et urgences » de la deuxième édition de Le Faso Digital. Portées respectivement par Moussa Ouattara, Aly Traoré et Faissal Barry, ces innovations proposent d’utiliser les technologies numériques pour renforcer la protection des personnes et des biens. Les trois projets bénéficieront d’un programme d’accompagnement offert par Digitales Solidaires, partenaire de l’événement.
Un téléphone portable acheté d’occasion peut avoir été volé sans que son nouvel acquéreur le sache. Une motocyclette stationnée devant un commerce peut disparaître en quelques minutes. Lorsqu’un accident survient, les personnes présentes ne connaissent pas toujours les numéros à appeler ni les premiers gestes à accomplir. Ces situations, bien que différentes, mettent en évidence des difficultés rencontrées dans la vie quotidienne. Elles soulèvent notamment la question de la traçabilité des équipements, de la prévention des vols et de l’accès rapide à l’information en cas d’urgence.
Au Burkina Faso, où les motocyclettes constituent un moyen de déplacement très utilisé et où les téléphones et équipements solaires occupent une place importante dans les activités économiques, la protection des biens représente une préoccupation pour de nombreux ménages. Parallèlement, l’accès aux services d’urgence peut être compliqué par la méconnaissance des numéros utiles, les difficultés de communication ou l’absence d’informations médicales concernant une victime.
C’est à ces préoccupations que souhaitent répondre trois jeunes innovateurs burkinabè à travers des solutions numériques sélectionnées dans la catégorie « Sécurité, protection civile et urgences » de Le Faso Digital 2026. Dans cette catégorie, Faso Trace, MotSafe et SOS Faso se distinguent par des approches différentes, mais complémentaires.
Faso Trace : donner une identité numérique aux équipements pour compliquer leur revente après un vol
Lorsqu’un téléphone, un équipement solaire ou un autre appareil est volé, son propriétaire peut éprouver des difficultés à prouver rapidement qu’il lui appartient. Les factures d’achat sont parfois égarées, les numéros de série ne sont pas toujours conservés et les personnes qui achètent des équipements d’occasion disposent rarement d’un moyen simple pour vérifier leur origine. Cette situation peut faciliter la circulation de matériels volés sur le marché de seconde main. Pour Moussa Ouattara, concepteur de Faso Trace, la difficulté à vérifier l’origine d’un équipement constitue l’un des facteurs qui peuvent favoriser sa revente après un vol.

Son projet repose sur une idée : attribuer à chaque équipement une identité numérique vérifiable, associée à des informations permettant d’en établir la propriété et de suivre certains changements de statut. Faso Trace se présente ainsi comme un système numérique d’identification et de protection des équipements.
Le dispositif prévoit plusieurs étapes, allant de l’enregistrement initial à la vérification de l’appareil avant une transaction. Dans un premier temps, le propriétaire enregistre son équipement en renseignant notamment son numéro de série, une photographie et un justificatif de propriété. Ces informations servent à constituer un dossier numérique associé au matériel.
L’équipement reçoit ensuite un identifiant qui peut prendre la forme d’un QR code sécurisé, d’un code unique ou d’une puce NFC, une technologie permettant l’échange d’informations à courte distance. L’objectif est de rendre possible une vérification rapide du statut de l’appareil. Avant d’acheter un téléphone d’occasion, par exemple, un utilisateur pourrait consulter les informations autorisées afin de vérifier si l’équipement fait l’objet d’un signalement. Cette fonctionnalité pourrait également intéresser les réparateurs et les commerçants spécialisés dans la vente de matériel de seconde main. En disposant d’un outil commun de vérification, ces professionnels pourraient contribuer à réduire la circulation d’équipements signalés comme volés. Le projet prévoit également un mécanisme de transfert de propriété.
Lorsqu’un équipement change légalement de propriétaire, l’opération doit être confirmée à l’aide d’un code transmis au propriétaire enregistré. Cette procédure vise à limiter les changements de titulaire effectués sans autorisation. Mais l’une des fonctionnalités centrales de Faso Trace concerne la déclaration de vol. Lorsqu’un équipement disparaît, son propriétaire peut effectuer un signalement accompagné des justificatifs nécessaires. Le statut de l’appareil devient alors « signalé ». Toute personne procédant ultérieurement à une vérification peut recevoir une alerte indiquant que l’équipement fait l’objet d’un signalement. Le dispositif est conçu pour ne pas exposer publiquement les données personnelles du propriétaire. Cette précaution est importante, car la consultation du statut d’un appareil ne doit pas permettre à des personnes non autorisées d’accéder à des informations privées.
Pour Moussa Ouattara, l’objectif n’est pas de garantir la disparition des vols, mais de rendre plus difficile l’utilisation et surtout la revente des équipements dérobés. Si un appareil signalé devient plus difficile à commercialiser, son intérêt pour les personnes impliquées dans le recel pourrait diminuer. Cette ambition dépendra toutefois du nombre d’utilisateurs et de professionnels qui adopteront effectivement le système. Un registre de vérification n’est réellement utile que si les équipements sont enregistrés et si les acheteurs prennent l’habitude de consulter leur statut. Le promoteur envisage donc un déploiement progressif.
Le premier prototype doit cibler les téléphones et les équipements solaires. Ce choix permet de concentrer les premières expérimentations sur des matériels identifiables à partir de références techniques. L’application prévue sera légère et permettra notamment l’enregistrement des appareils, la consultation de leur statut, la production d’un certificat numérique de propriété et la gestion des changements de propriétaire.
Le développement du projet doit se dérouler en plusieurs phases. La première concerne la réalisation d’une maquette reposant sur des données fictives et des tests auprès d’utilisateurs. La deuxième prévoit un pilote local associant notamment des réparateurs partenaires et des équipements réels enregistrés avec le consentement de leurs propriétaires. Enfin, une troisième phase envisage une extension à l’échelle nationale, avec l’intégration de nouveaux types de matériels et la recherche de partenariats autorisés. Cette progression devra permettre de tester les mécanismes de vérification et d’identifier les difficultés rencontrées sur le terrain.
MotSafe : Aly Traoré mise sur l’appel téléphonique pour alerter les propriétaires de motos
Pour de nombreux Burkinabè, la motocyclette représente un outil indispensable au quotidien. Elle permet de se rendre au travail, d’effectuer des courses, de transporter des marchandises ou d’assurer différentes activités professionnelles. Sa disparition peut donc avoir des conséquences importantes sur l’organisation et les revenus de son propriétaire. Malgré l’utilisation de cadenas, d’antivols mécaniques ou de systèmes de verrouillage, le risque de vol demeure une préoccupation. C’est pour renforcer la protection de ces engins qu’Aly Traoré a conçu MotSafe, un dispositif antivol intelligent destiné aux motocyclettes. Le projet repose sur une combinaison de détection de mouvements suspects, d’alerte téléphonique, de géolocalisation et de commande sécurisée du moteur. L’une des particularités mises en avant par son promoteur est le recours à un appel téléphonique immédiat lorsqu’un mouvement suspect est détecté.

Contrairement à une notification qui peut passer inaperçue ou à un message que le propriétaire ne consulte que plusieurs minutes plus tard, l’appel vise à attirer directement son attention.
L’objectif est de réduire le délai entre la détection d’une tentative de déplacement non autorisé et la réaction du propriétaire. Pour Aly Traoré, cette rapidité constitue un élément essentiel de la prévention. Un utilisateur peut en effet laisser son téléphone en veille ou ne pas remarquer une notification reçue pendant qu’il travaille ou se repose. L’appel téléphonique pourrait alors lui permettre de prendre connaissance plus rapidement d’une situation suspecte. MotSafe prévoit également une fonction de géolocalisation.
Le système doit pouvoir transmettre les coordonnées GPS de la motocyclette, accompagnées de liens cartographiques permettant de consulter sa position. Cette fonctionnalité vise à faciliter la localisation de l’engin lorsqu’il a été déplacé.
Le promoteur envisage un suivi en temps réel, sous réserve de la disponibilité des signaux et des moyens de communication nécessaires. Le dispositif intègre aussi une fonction de commande sécurisée destinée à agir sur le moteur. Cette fonctionnalité est présentée comme un moyen de limiter l’utilisation de la motocyclette après une tentative de vol.
Son fonctionnement devra cependant être soumis à des exigences strictes de sécurité. L’arrêt d’un moteur pendant qu’une moto circule pourrait provoquer une perte de contrôle et mettre en danger le conducteur, les passagers ou d’autres usagers de la route. Un système de ce type devrait donc empêcher toute coupure dangereuse en mouvement et privilégier, après vérification des conditions de sécurité, une immobilisation lorsque l’engin est à l’arrêt. La protection contre les commandes non autorisées constituera également un enjeu important. Au-delà de la prévention du vol, MotSafe propose une fonctionnalité destinée à faciliter la recherche d’une motocyclette dans un espace de stationnement. Le dispositif peut émettre des signaux sonores puissants afin d’aider le propriétaire à repérer son engin. Cette option pourrait notamment être utile dans les parkings très fréquentés, où plusieurs motos de modèles ou de couleurs similaires sont stationnées.
SOS Faso : une application pour accéder aux informations d’urgence, même sans connexion Internet
Lorsqu’un accident survient, les premières minutes peuvent être marquées par la confusion. Les témoins cherchent à joindre les secours, mais ne connaissent pas toujours le numéro à composer. Dans certaines localités, la connexion Internet peut être absente ou instable. Les personnes présentes peuvent également manquer d’informations sur les gestes à effectuer en attendant l’arrivée des professionnels. Pour une victime inconsciente, l’impossibilité de communiquer certaines informations personnelles ou médicales peut compliquer davantage la situation.
Ces difficultés ont inspiré Faissal Barry, développeur indépendant établi à Koudougou et concepteur de SOS Faso. Son ambition est de proposer une application gratuite permettant aux utilisateurs d’accéder rapidement à des informations utiles en situation d’urgence. Le promoteur explique avoir été marqué par les difficultés rencontrées lorsqu’une urgence survient et que les personnes présentes ne savent pas toujours comment réagir. Il a donc souhaité concevoir un outil accessible, capable de fonctionner sans connexion Internet et adapté aux utilisateurs qui ne disposent pas nécessairement d’un téléphone récent. SOS Faso repose sur plusieurs fonctionnalités complémentaires. La première concerne l’accès aux numéros d’urgence.
L’application prévoit un répertoire regroupant des contacts nationaux et régionaux, avec la possibilité de lancer directement un appel. Cette organisation vise à éviter aux utilisateurs de perdre du temps à rechercher les coordonnées des services compétents. L’intérêt d’un tel dispositif repose notamment sur l’exactitude et la mise à jour régulière des numéros proposés. SOS Faso intègre également un guide de premiers secours accessible hors ligne. Selon son concepteur, les contenus s’appuient sur des recommandations de la Croix-Rouge et de l’Organisation mondiale de la santé. L’objectif est de permettre aux utilisateurs de consulter des informations pratiques lorsqu’ils sont confrontés à certaines situations d’urgence. Ces indications peuvent contribuer à sensibiliser les populations aux gestes appropriés, mais elles ne remplacent pas une formation pratique aux premiers secours ni les instructions données par les professionnels.

L’application propose également un espace consacré aux pharmacies de garde. Les utilisateurs peuvent rechercher les pharmacies disponibles selon leur ville, avec une indication de distance. Cette fonctionnalité pourrait faciliter l’orientation des personnes qui ont besoin d’accéder à une pharmacie en dehors des horaires habituels. L’une des particularités de SOS Faso concerne la fiche sanitaire numérique associée à un QR code.
Faissal Barry souhaite permettre aux utilisateurs d’enregistrer certaines informations médicales essentielles, notamment leur groupe sanguin déclaré, leurs allergies et leurs contacts d’urgence. Ces informations peuvent ensuite être associées à un QR code destiné à être affiché sur l’écran de verrouillage du téléphone. Le dispositif vise à permettre à un secouriste d’accéder à certaines données sans devoir déverrouiller l’appareil. Cette fonctionnalité répond à une situation concrète : lorsqu’une personne est inconsciente ou incapable de communiquer, ses proches ne sont pas nécessairement présents pour fournir les renseignements utiles. En rendant certaines informations accessibles depuis l’écran verrouillé, SOS Faso ambitionne de faciliter leur consultation par les intervenants. La solution prévoit notamment l’utilisation du sélecteur natif d’Android pour définir le QR code comme fond d’écran de verrouillage.
Ce mécanisme présente cependant des enjeux de confidentialité. Les données visibles ou accessibles à partir de l’écran verrouillé doivent être limitées aux informations réellement nécessaires et publiées avec le consentement éclairé de l’utilisateur. Par ailleurs, les informations médicales enregistrées par une personne peuvent être incomplètes ou dépassées.
Elles doivent donc être considérées comme des renseignements indicatifs, à vérifier par les professionnels lorsque la situation l’exige. Le groupe sanguin déclaré dans l’application ne peut notamment pas remplacer les examens nécessaires avant une transfusion. SOS Faso intègre également une dimension de prévention liée à la sécurité routière et personnelle.
L’application prévoit des rappels concernant le port du casque et de la ceinture de sécurité, ainsi qu’une fonction d’alerte déclenchée par des secousses. Cette dernière devra être évaluée afin de distinguer autant que possible les situations réellement préoccupantes des mouvements ordinaires du téléphone.
Un autre aspect important du projet concerne les langues. SOS Faso est conçue pour proposer des contenus en français, en anglais, en mooré et en dioula. Cette diversité linguistique vise à faciliter l’accès aux informations pour des utilisateurs ayant des profils différents. Le promoteur prévoit également une fonction de lecture à voix haute. Cette option pourrait notamment être utile aux personnes rencontrant des difficultés de lecture.
Avec Faso Trace, MotSafe et SOS Faso, la catégorie « Sécurité, protection civile et urgences » de Le Faso Digital 2026 met en lumière trois approches de la protection des personnes et des biens. Ces innovations répondent à des besoins différents, mais elles partagent une même volonté : proposer des outils pratiques adaptés aux réalités des utilisateurs. Les trois meilleures solutions de cette catégorie bénéficieront d’un programme d’accompagnement offert par Digitales Solidaires, partenaire de Le Faso Digital 2026.
Farida Thiombiano
Lefaso.net
Source: LeFaso.net
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