
Le journaliste et chercheur Dr Cyriaque Paré a procédé à la dédicace de deux nouveaux ouvrages, samedi 2 mai 2026, au Centre de presse Norbert-Zongo, à Ouagadougou. Intitulés « Médias, réseaux sociaux et l’insurrection populaire d’octobre 2014 au Burkina Faso » et « Henri Sebgo ou le journalisme selon Norbert Zongo », ces deux livres abordent des thématiques majeures liées à l’histoire politique et médiatique du Burkina Faso.
Dans l’ouvrage « Henri Sebgo ou le journalisme selon Norbert Zongo », Dr Cyriaque Paré revient sur la genèse de la passion de Norbert Zongo pour l’information. L’intérêt de ce dernier pour l’information, voire pour l’investigation journalistique, remonte à ses années de lycée, alors qu’il était en classe de sixième. Ce qui amène l’auteur à évoquer, dès le premier chapitre, une « vocation précoce ».
À travers son premier journal, « La voix du Cours normal », Norbert Zongo noue des relations qui conduisent les responsables de l’établissement à interdire la publication. À sa sortie du Cours normal, il devient instituteur avant de revenir, quelques années plus tard, à son premier amour, le journalisme, après l’obtention de son baccalauréat. C’est à partir de ce moment que l’icône du journalisme d’investigation se révèle pleinement. Exil, prison, menaces : tous les moyens ont été mis en œuvre pour réduire au silence celui qui était considéré comme un « dérangeur ».

À travers de nombreux témoignages et anecdotes, l’auteur raconte que Norbert Zongo, entré dans la fonction publique comme contractuel en raison de son âge (près de 37 ans à l’époque), a connu une carrière tumultueuse au sein de la presse d’État. Du Carrefour africain à Sidwaya (ancienne direction générale de la presse écrite), ses écrits ont souvent déplu aux autorités en place en raison de leur caractère critique et de ses investigations jugées « dérangeantes ». Suivra une véritable « chasse aux sorcières », aboutissant à la résiliation de son contrat en 1992.
Pendant qu’il était à Sidwaya, il collaborait aussi avec les journaux privés Le Journal du Jeudi (JJ) et La Clef. Après la résiliation de son contrat avec le quotidien d’État, il rejoint ces journaux où il ne connaîtra pas davantage de répit. Ses écrits y sont également perçus comme provocateurs par les autorités. Mais, fidèle à ses convictions, il ne baisse pas la garde et fonde en 1993 son propre journal, « L’Indépendant ».
L’histoire du nom de plume « Henri Sebgo »
Dans cet ouvrage de 200 pages, Dr Cyriaque Paré donne la parole à ceux qui ont côtoyé Norbert Zongo. Il en ressort que le nom de plume « Henri Sebgo » n’est pas anodin. L’auteur explique que Norbert Zongo commence à signer « Sebgo » dès son passage à Sidwaya, contre l’avis de sa hiérarchie, avant d’utiliser ce pseudonyme dans ses publications au Journal du Jeudi et à La Clef.
Afin d’éviter toute confusion avec un journaliste radio portant le même nom, il décide d’y ajouter « Henri », le prénom de son père.
S’appuyant sur les témoignages de contemporains de Norbert Zongo et sur ses propres recherches, l’auteur revient également sur les grandes enquêtes menées par cette figure emblématique du journalisme burkinabè.
En résumé, Dr Cyriaque Paré, fondateur de Lefaso.net, retrace le parcours du célèbre journaliste d’investigation Norbert Zongo. Au-delà de la biographie de celui qui fut assassiné le 13 décembre 1998, l’ouvrage se veut aussi un hommage personnel, l’auteur ayant été stagiaire et collaborateur du journaliste. Il met en lumière un professionnel rigoureux, pour qui le journalisme était un outil au service de la vérité, de la justice et de la démocratie.
Le rôle des médias pendant l’insurrection
Le second livre, « Médias, réseaux sociaux et l’insurrection populaire d’octobre 2014 au Burkina Faso », propose une analyse du rôle joué par les médias et les réseaux sociaux lors de cet événement majeur de l’histoire récente du pays. Il met en lumière l’influence des canaux d’information dans la mobilisation citoyenne et la diffusion des événements.
S’adressant à une assistance nombreuse réunie dans la salle Henri-Sebgo du Centre national de presse Norbert-Zongo, l’auteur a indiqué que ces deux projets ont été mûris sur plusieurs années. L’ouvrage sur l’insurrection a nécessité plus de dix ans de travail, contre cinq ans pour celui consacré à Norbert Zongo.
Répondant à une question sur la capacité des journalistes actuels à exercer le métier avec la même rigueur que Norbert Zongo, il a insisté sur la nécessité de l’engagement.
« Tout dépend de votre conviction. On dit qu’on entre dans le journalisme tout comme on entre dans la religion. C’est par vocation, et si vous n’avez pas la vocation, il y a des sacrifices que vous n’accepterez pas… », a-t-il déclaré, rappelant que Norbert Zongo a refusé des millions de francs par conviction et par principe. « Combien sont-ils aujourd’hui capables de tourner le dos à un simple poste de directeur de communication ? Il faut d’abord venir au journalisme par conviction », a lancé Dr Paré, arrachant des éclats de rires. Pour l’auteur, le journalisme n’a de sens que s’il éclaire.
« Un manuel d’éthique pour les journalistes d’aujourd’hui »
Dr Ousmane Paré et Pr Abdou Karim Saïdou étaient les discutants de la dédicace des deux ouvrages. Commentant le livre sur Henri Sebgo, Dr Ousmane Paré a salué la finesse de l’analyse et la rigueur de la recherche, soulignant l’exploit d’avoir parcouru l’ensemble des écrits de Norbert Zongo. Il a félicité l’auteur pour la publication de cet ouvrage, qu’il considère comme une boussole pour la jeune génération. « Ce n’est pas seulement un hommage, c’est un manuel d’éthique pour les journalistes d’aujourd’hui », a-t-il déclaré.
De son côté, le Pr Abdou Karim Saïdou a salué la rigueur scientifique de l’auteur dans son analyse de l’insurrection populaire.
Les deux ouvrages sont disponibles aux prix de 5 000 FCFA pour celui consacré à Norbert Zongo et 10 000 FCFA pour celui portant sur l’insurrection. Ils sont en vente à la rédaction de Lefaso.net, à l’ISCOM, à la librairie Mercury ainsi qu’auprès de l’auteur.
Serge Ika Ki
Lefaso.net
Source: LeFaso.net



Commentaires récents